Le parcours est presque toujours le même. Le dentiste remarque une usure anormale des dents, ou vous vous réveillez avec la mâchoire douloureuse et des maux de tête. On vous explique que vous serrez ou grincez pendant la nuit. On vous prescrit une gouttière. Vous la portez, consciencieusement, parfois pendant des années.

Et puis vous constatez quelque chose de troublant : vos dents ne s’abîment plus, mais vous serrez toujours autant. La mâchoire reste tendue au réveil. Les tempes tirent. Les maux de tête sont toujours là. Vous avez protégé l’émail sans rien changer au reste.

Ce n’est pas un échec de la gouttière. C’est simplement qu’on lui demande quelque chose qu’elle n’a jamais prétendu faire.

Ce que la gouttière fait, et ce qu’elle ne fait pas

La gouttière occlusale est une plaque de résine sur mesure, portée le plus souvent la nuit. Son rôle est mécanique : elle s’interpose entre les arcades et absorbe les contraintes. Elle protège l’émail, elle limite les fractures et les fêlures, et elle peut réduire les tensions musculaires au réveil.

C’est un dispositif utile et il n’y a aucune raison de l’abandonner. Mais il faut être clair sur son périmètre : la gouttière est un pare-chocs. Elle ne touche pas à ce qui déclenche le serrement.

C’est pour cela qu’après plusieurs mois, beaucoup de personnes se retrouvent dans une situation étrange. Le dentiste est satisfait parce que les dents tiennent. Elles, non, parce que le symptôme qui les gêne au quotidien n’a pas bougé.

Bruxisme du sommeil et bruxisme de l’éveil : deux moments, un même travail

On distingue le bruxisme du sommeil et le bruxisme de l’éveil. Cette distinction décrit deux moments d’apparition, mais ce ne sont pas deux problèmes séparés qu’il faudrait traiter chacun de son côté.

Le bruxisme du sommeil survient la nuit, en dehors de tout contrôle volontaire. Il est associé à l’architecture du sommeil, et il partage des facteurs avec l’insomnie et l’apnée du sommeil. C’est celui auquel on pense en premier, parce que c’est celui qui abîme les dents.

Le bruxisme de l’éveil survient en journée, pendant une tâche concentrée, dans un embouteillage, devant un écran, au cours d’une conversation tendue. La mâchoire se serre sans que vous vous en rendiez compte. Vous vous en apercevez au moment où vous la relâchez, et vous découvrez alors depuis combien de temps elle était contractée.

C’est par lui que la rééducation commence, et ce n’est pas un choix par défaut. Le serrement de la journée est accessible à la conscience : on peut le repérer, l’interrompre, et lui substituer autre chose. Ce nouveau comportement de relâchement, avec la langue au palais et les arcades desserrées, se travaille jusqu’à devenir automatique en journée. C’est une fois qu’il est bien installé, sans y penser, qu’il peut se prolonger la nuit.

Autrement dit, on ne travaille pas la nuit d’un côté et le jour de l’autre. On installe le jour un automatisme que le corps pourra reprendre à son compte quand la vigilance n’est plus là.

Le terrain sur lequel le bruxisme s’installe

Les facteurs associés au bruxisme sont bien documentés, et ils dessinent un paysage cohérent. On retrouve le stress chronique, les troubles anxieux, les troubles du sommeil dont l’insomnie et l’apnée obstructive, ainsi que la consommation de substances excitantes comme la caféine, l’alcool et le tabac.

Autrement dit, le serrement est rarement un problème de mâchoire isolé. C’est une réponse motrice à une tension qui vient d’ailleurs. La mâchoire est simplement l’endroit du corps où cette tension s’exprime, comme elle s’exprime chez d’autres par des cervicales bloquées ou un ventre noué.

Cela explique une observation que je fais régulièrement en rééducation maxillo-faciale. On peut détendre les masséters et les temporaux séance après séance, redonner de la mobilité à l’articulation, apprendre des exercices d’ouverture : si la personne serre chaque fois qu’une échéance approche, la tension revient dans la semaine. Le travail manuel fait ce qu’il doit faire, mais il n’atteint pas la source.

Ce que l’hypnose vient travailler

La littérature sur le traitement conservateur du bruxisme est explicite sur un point : pour le bruxisme de l’éveil, la base du traitement est la reconnaissance de l’habitude de serrer, et la capacité à repérer les moments où le comportement survient. Les techniques de relaxation, le biofeedback, les thérapies comportementales et l’hypnose y figurent parmi les outils utiles, précisément parce qu’ils agissent sur les facteurs émotionnels qui alimentent le comportement.

Concrètement, le travail porte sur trois choses.

  • Le repérage. Un comportement automatique ne se modifie pas tant qu’il reste invisible. Une partie du travail consiste à installer des repères qui permettent de remarquer le serrement au moment où il survient, plutôt que trois heures plus tard quand la douleur s’installe.
  • La réponse. Repérer ne suffit pas : il faut quelque chose à faire à la place. C’est là que l’apprentissage du relâchement, puis de l’auto-hypnose, prend son sens, parce qu’il donne un geste disponible dans les situations où la tension monte, et parce qu’il finit par se déclencher seul, sans qu’on ait à y penser.
  • Le terrain. Si le serrement est une réponse à l’anxiété, travailler uniquement sur la mâchoire revient à écoper. Une partie des séances porte donc sur la manière dont les situations tendues sont vécues.

Ce qu’il faut savoir avant de commencer

Trois précautions honnêtes.

Le serrement nocturne ne se travaille pas de front, puisqu’on ne peut pas repérer consciemment un comportement qui survient pendant le sommeil. C’est le relâchement acquis en journée, une fois qu’il est devenu automatique, qui peut se prolonger la nuit, avec l’appui du terrain et de la qualité de l’endormissement. Cela demande du temps et de la régularité entre les séances.

Un bruxisme nocturne marqué peut être lié à une apnée du sommeil, qui relève d’un diagnostic médical et d’une prise en charge spécifique. C’est une piste à explorer avant toute autre chose, en particulier en cas de ronflements, de somnolence en journée ou de réveils nocturnes.

Enfin, l’usure dentaire et l’état de l’articulation relèvent du chirurgien-dentiste. Rien de ce qui est décrit ici ne remplace ce suivi, et la gouttière reste utile même quand le travail sur le serrement porte ses fruits.

Quand cette approche a du sens

Elle a du sens quand vous avez déjà fait le nécessaire côté dentaire, quand la gouttière est en place et fait son travail de protection, et quand le serrement continue malgré tout.

Elle a du sens aussi quand vous avez identifié vous-même que vos périodes de serrement suivent vos périodes de tension, ce que beaucoup de personnes savent parfaitement sans que personne ne le leur ait jamais demandé.

Un premier rendez-vous sert d’abord à retracer cette histoire : quand le serrement a commencé, dans quelles circonstances il augmente, ce qui a déjà été essayé et avec quel effet.

Questions fréquentes

La gouttière suffit-elle à faire disparaître le bruxisme ?

La gouttière occlusale a un rôle mécanique : elle s’interpose entre les arcades, protège l’émail et limite les fractures. Elle ne touche pas à ce qui déclenche le serrement. Beaucoup de personnes constatent ainsi que leurs dents ne s’abîment plus alors qu’elles serrent toujours autant.

Peut-on agir sur le serrement qui survient pendant la nuit ?

Pas directement, puisqu’on ne peut pas repérer consciemment un comportement qui survient pendant le sommeil. Le travail commence en journée, sur le bruxisme de l’éveil, et c’est le relâchement devenu automatique en journée qui peut ensuite se prolonger la nuit.

L’hypnose remplace-t-elle le suivi dentaire ?

Non. L’usure dentaire et l’état de l’articulation relèvent du chirurgien-dentiste, et la gouttière reste utile même quand le travail sur le serrement porte ses fruits. Un bruxisme nocturne marqué justifie aussi d’explorer une éventuelle apnée du sommeil, qui relève d’un diagnostic médical.

Faire le point sur un serrement qui persiste

Un premier rendez-vous sert à retracer l’histoire de votre bruxisme, à Paris 11 ou en visio.

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Stéphanie Marmara
Masseur-kinésithérapeute depuis plus de trente ans, spécialisée dans la prise en charge de la douleur, et hypnothérapeute à Paris 11.