« De toute façon, moi, je ne suis pas hypnotisable. » C’est une phrase que j’entends souvent, prononcée sur un ton qui mêle la plaisanterie et une forme de défi. Elle mérite une réponse sérieuse.

Cette phrase contient une part de vrai et une part de faux, et la confusion entre les deux fait renoncer des personnes que cette approche aurait pu aider.

La part de vrai : cela se mesure

La réceptivité à l’hypnose varie fortement d’un individu à l’autre. Ce n’est pas une impression de praticien, c’est un fait établi et quantifié depuis longtemps.

Des échelles standardisées existent depuis les années 1960, développées notamment à l’université Stanford. Elles consistent à proposer une série de suggestions calibrées et à observer lesquelles produisent un effet. Elles sont encore utilisées aujourd’hui en recherche, précisément pour caractériser les participants avant de les inclure dans une étude.

Ce qu’elles montrent est assez stable :

  • Une minorité de personnes entre très facilement en état hypnotique et répond à des suggestions complexes.
  • Une majorité y accède de manière modérée.
  • Une minorité y répond peu, quelles que soient les conditions.

Cette disposition apparaît relativement stable dans le temps chez une même personne. Elle ressemble davantage à un trait qu’à un état passager.

La part de faux : ce n’est pas une affaire de volonté

Voilà l’erreur qui se glisse dans la phrase du début.

« Je ne suis pas hypnotisable » est presque toujours prononcé comme si cela disait quelque chose du caractère : je suis trop rationnel, trop méfiant, trop contrôlant, je ne me laisse pas faire.

Or la réceptivité ne se comporte pas comme cela. Elle n’est pas corrélée à la crédulité, et une personne très réceptive n’est ni plus influençable ni plus naïve dans sa vie ordinaire. Elle relève plutôt de la manière dont chacun mobilise son attention et son imagerie mentale, une aptitude qui n’a rien à voir avec le fait d’être facile à convaincre.

Il existe même un mouvement inverse à celui qu’on imagine. Une personne qui veut absolument que cela fonctionne, qui surveille l’apparition des effets et qui vérifie en permanence où elle en est, se met dans les conditions les moins favorables.

L’attention tournée vers le contrôle est exactement ce qui empêche l’état de s’installer.

Ni un verdict définitif

C’est la seconde nuance, et elle est importante.

Une disposition de départ n’est pas un plafond. La familiarité avec le cadre change beaucoup de choses : une première séance se passe rarement comme la troisième, ne serait-ce que parce que la nouveauté et l’appréhension mobilisent une partie de l’attention.

La répétition compte aussi. Les praticiens décrivent un accès à l’état de transe qui devient plus rapide et plus stable à mesure que la personne s’y exerce, ce qui rejoint ce que l’on observe pour toute compétence qui s’acquiert.

Et le contexte pèse. Une personne épuisée, une personne qui vient contrainte par son entourage, une personne qui n’a pas confiance dans le praticien en face d’elle ne sont pas dans les mêmes conditions qu’une personne qui vient de son plein gré pour un objectif qu’elle a elle-même formulé.

Ce que cela explique dans la recherche

Cette variabilité a une conséquence qu’on oublie souvent quand on lit des résultats d’études sur l’hypnose.

Si les participants d’un essai clinique ne sont pas tous également réceptifs, l’effet moyen mesuré mélange des personnes chez qui l’intervention produit quelque chose et des personnes chez qui elle ne produit rien. Le résultat global s’en trouve dilué.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les résultats varient tant d’une étude à l’autre, et l’une des difficultés méthodologiques que les auteurs du rapport de l’Inserm de 2015 ont soulignées. Évaluer une pratique qui dépend du praticien, de la personne et de leur relation ne se fait pas comme on évalue un médicament.

Ce que cela change en pratique

Trois choses concrètes.

  • Cela se teste vite. On sait assez rapidement, dès les premières séances, si quelque chose se passe. Ce n’est pas une démarche qui demande de s’engager sur six mois avant de savoir.
  • Cela ne se force pas. Si la réceptivité est faible, insister ne sert à rien, et je préfère le dire que de prolonger un suivi qui ne produit pas. D’autres approches existent.
  • Cela ne dit rien de vous. Une faible réceptivité n’est pas un échec, pas plus qu’une bonne réceptivité n’est un mérite. C’est une caractéristique, au même titre que la souplesse ou l’oreille musicale.

Une question à se poser plutôt qu’une autre

Plutôt que « suis-je hypnotisable », la question utile est « qu’est-ce que je viens chercher ». Un objectif clair oriente le travail bien davantage qu’une disposition de départ, et il permet de constater ce qui bouge et ce qui ne bouge pas.

C’est d’ailleurs ce qui occupe l’essentiel d’un premier rendez-vous, bien avant la première séance proprement dite.

Questions fréquentes

Tout le monde peut-il être hypnotisé ?

La réceptivité à l’hypnose varie fortement d’une personne à l’autre. Les échelles standardisées utilisées depuis les années 1960 montrent qu’une minorité entre très facilement en état hypnotique, qu’une majorité y accède de manière modérée et qu’une minorité y répond peu, quelles que soient les conditions.

Ne pas être réceptif à l’hypnose, est-ce un manque de volonté ?

Non. La réceptivité n’est liée ni à la crédulité ni au caractère. Elle relève plutôt de la manière dont chacun mobilise son attention et son imagerie mentale. Vouloir à tout prix que cela fonctionne et surveiller l’apparition des effets crée même des conditions moins favorables.

La réceptivité à l’hypnose peut-elle évoluer ?

Elle est relativement stable chez une même personne, mais une disposition de départ n’est pas un plafond. La familiarité avec le cadre, la répétition des séances et le contexte de la démarche influencent la facilité d’accès à l’état hypnotique.

Savoir rapidement si l’hypnose vous convient

Un premier rendez-vous permet de définir votre objectif et de constater dès les premières séances si quelque chose se passe, à Paris 11 ou en visio.

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Stéphanie Marmara
Masseur-kinésithérapeute depuis plus de trente ans, spécialisée dans la prise en charge de la douleur, et hypnothérapeute à Paris 11.