C’est la question qui revient le plus souvent au téléphone, et elle cache presque toujours la même inquiétude : est-ce que je vais perdre le contrôle, est-ce que je vais dire des choses que je ne veux pas dire, est-ce que je vais me retrouver dans un état dont je ne pourrai pas sortir. La réponse courte est non. La réponse longue tient dans le déroulé, alors autant le décrire précisément.

Ce qui occupe la plus grande partie du premier rendez-vous

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la séance d’hypnose proprement dite n’occupe pas l’essentiel du temps. La plus grande partie du premier rendez-vous se passe à parler, assis, sans rien de particulier.

Cette étape s’appelle l’anamnèse. Il s’agit de retracer l’histoire de ce qui vous amène : depuis quand, dans quelles circonstances c’est apparu, ce qui l’aggrave, ce qui le soulage, ce que vous avez déjà essayé et avec quel résultat, quels examens ont été faits, quels traitements sont en cours.

Cette étape a trois fonctions.

  • Vérifier que votre demande relève de ce que je peux accompagner. Certaines situations nécessitent d’abord un avis médical, et il vaut mieux le repérer au premier rendez-vous qu’au sixième.
  • Définir un objectif. Sans objectif clair, on ne sait pas où l’on va, et surtout on ne sait pas quand on est arrivé.
  • Choisir les outils. Ce qui se travaille avec quelqu’un dont la douleur est ancienne n’est pas ce qui se travaille avec quelqu’un qui prépare une intervention. La suite se construit à partir de ce que vous m’aurez dit.

Un objectif se formule en termes concrets et observables. « Aller mieux » n’en est pas un. « Dormir sans être réveillé par la douleur » ou « pouvoir marcher trente minutes sans le payer le lendemain » en sont.

Ce qui se passe pendant la séance elle-même

Vous êtes installé confortablement, assis ou allongé, selon ce qui vous convient et ce que votre douleur autorise. Vous gardez vos vêtements. Il n’y a aucun contact physique dans le cadre d’une séance d’hypnose.

Je parle. C’est essentiellement cela, une séance d’hypnose : une voix qui accompagne, qui propose de porter l’attention sur certaines choses, qui suggère des images ou des sensations.

Ce vers quoi on va est un état de conscience particulier, décrit comme associant une indifférence relative à ce qui se passe autour et une réceptivité accrue aux suggestions. Ce n’est pas du sommeil, et ce n’est pas un état exotique. C’est un état que vous traversez spontanément plusieurs fois par jour : quand vous arrivez chez vous en voiture sans souvenir précis du trajet, quand un livre vous absorbe au point que vous n’entendez plus rien, quand vous fixez le feu d’une cheminée.

La différence est qu’ici, cet état est provoqué délibérément et utilisé dans un but précis.

Ce que vous ressentez, et ce que vous n’oubliez pas

Les descriptions varient beaucoup d’une personne à l’autre, et c’est normal. Certaines décrivent une lourdeur, d’autres une légèreté. Certaines perdent la notion du temps, d’autres pas du tout. Certaines gardent un souvenir précis de tout ce qui a été dit, d’autres un souvenir plus flou, comme au réveil d’une sieste.

Trois choses ne varient pas.

  • Vous entendez tout. Vous ne dormez pas, vous n’êtes pas inconscient, et vous restez capable de suivre ce qui se dit.
  • Vous gardez le contrôle. Vous n’exécuterez pas une suggestion qui vous heurte. Une suggestion est une proposition, et une proposition qui ne vous convient pas ne produit rien.
  • Vous pouvez interrompre. À tout moment, en ouvrant les yeux et en le disant. Il n’existe pas d’état dont on ne pourrait pas sortir.

Pourquoi la confusion avec l’hypnose de spectacle persiste

Elle persiste parce que ce que l’on voit sur scène est spectaculaire et que ce qui se passe en cabinet ne l’est pas du tout.

Sur scène, le dispositif repose sur une sélection préalable des participants les plus réceptifs, et sur un contexte où les personnes qui montent ont déjà accepté de jouer le jeu devant un public. Le résultat est une démonstration de docilité apparente qui n’a rien à voir avec la finalité d’un accompagnement.

Le rapport de l’Inserm de 2015 appelait d’ailleurs à la vigilance sur les dérives éthiques que les techniques de suggestion peuvent entraîner. C’est une raison de plus de savoir à qui l’on s’adresse et dans quel cadre.

Et si ça ne marche pas ?

Question légitime, et la réponse mérite d’être donnée avant plutôt qu’après.

La réceptivité à l’hypnose varie fortement d’une personne à l’autre. C’est une caractéristique individuelle, mesurée depuis les années 1960 par des échelles standardisées, et non un indicateur de volonté ou de confiance. Une minorité de personnes entre très facilement dans cet état, une majorité y accède de manière modérée, et une minorité y répond peu.

Si vous faites partie de cette dernière catégorie, cela se verra rapidement, et il vaut mieux le constater et le dire que de poursuivre indéfiniment. Une première séance sert aussi à cela.

Ce que vous emportez en repartant

Presque toujours, quelque chose à faire d’ici la prochaine fois. Un exercice court, une observation à mener, parfois un enregistrement.

Ce n’est pas accessoire. La logique des thérapies brèves est celle de l’autonomie : l’objectif est que vous puissiez retrouver seul ce qui a été travaillé ensemble, et cela demande de la répétition entre les séances.

En pratique

Comptez un rendez-vous plus long que les suivants, du fait de l’anamnèse. Venez avec les éléments de votre dossier médical qui concernent le motif : comptes rendus d’examens, traitements en cours, courriers de spécialistes.

Et venez avec vos questions. Celles que vous n’osez pas poser sont en général celles auxquelles il est le plus utile de répondre.

Questions fréquentes

Perd-on le contrôle pendant une séance d’hypnose ?

Non. Vous entendez tout, vous ne dormez pas, et vous n’exécuterez pas une suggestion qui vous heurte. Une suggestion est une proposition, pas un ordre. Vous pouvez interrompre la séance à tout moment en ouvrant les yeux.

Combien de temps dure une première séance d’hypnose ?

Le premier rendez-vous est plus long que les suivants, parce qu’il commence par une anamnèse : retracer l’histoire de ce qui vous amène, définir un objectif concret et choisir les outils. La séance d’hypnose proprement dite n’en occupe qu’une partie.

Que faire si l’hypnose ne fonctionne pas sur moi ?

La réceptivité à l’hypnose varie fortement d’une personne à l’autre, et ce n’est pas une question de volonté. Si vous y répondez peu, cela se voit rapidement, et il vaut mieux le constater et le dire que de poursuivre indéfiniment. D’autres approches existent.

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Stéphanie Marmara
Masseur-kinésithérapeute depuis plus de trente ans, spécialisée dans la prise en charge de la douleur, et hypnothérapeute à Paris 11.