Tout le monde vous le dit. Le médecin, les articles, les associations, votre entourage : il faut bouger. Et c’est exact. Ce que presque personne ne traite, c’est la question qui vient juste après : comment, quand la dernière fois que vous avez essayé de reprendre la marche, vous avez passé les trois jours suivants au lit.
Ce que recommande la HAS depuis juillet 2025
Le 10 juillet 2025, la Haute Autorité de santé a publié ses premières recommandations de bonne pratique sur la fibromyalgie de l’adulte, à la suite d’une saisine d’associations de patients. C’est une étape importante, parce qu’elle installe un cadre là où chacun se débrouillait avec des informations contradictoires.
La HAS y rappelle d’abord ce qu’est la maladie : une affection reconnue par l’Organisation mondiale de la santé, liée à des modifications des processus de détection et de modulation de la douleur au niveau du système nerveux central, qui se manifestent par une hypersensibilité généralisée à la douleur. Ni une maladie inflammatoire, ni une maladie imaginaire.
Sur la prise en charge, la stratégie est graduée. Les traitements non médicamenteux viennent en première ligne, avec l’activité physique encadrée par un professionnel de l’activité physique adaptée, l’apprentissage de stratégies personnelles d’autogestion et le maintien dans l’emploi. Les médicaments interviennent en seconde ligne, après évaluation des effets de l’activité physique, et aucun n’a d’autorisation de mise sur le marché en France dans cette indication.
Autrement dit : le traitement de première ligne est quelque chose que vous faites, pas quelque chose que vous prenez. C’est ce qui rend la question du démarrage aussi décisive, et c’est précisément là que les recommandations s’arrêtent et que la vie quotidienne commence.
Pourquoi la reprise se solde si souvent par une poussée
Le mécanisme est presque mécanique, et le comprendre change la manière d’aborder la reprise.
Quand la douleur et la fatigue sont installées depuis longtemps, les capacités physiques ont diminué. Non par manque de volonté, mais parce que des mois de réduction d’activité produisent inévitablement un déconditionnement. Le seuil au-delà duquel l’effort devient excessif s’est donc abaissé, souvent bien plus qu’on ne l’imagine.
Vient ensuite un phénomène très humain : les bons jours. Un matin, la douleur est plus supportable. On en profite, on rattrape, on fait tout ce qu’on n’a pas pu faire depuis deux semaines. Le lendemain, la note arrive.
Cette alternance entre suractivité les bons jours et immobilité les mauvais est ce qui épuise le plus. Elle donne l’impression que l’activité déclenche la douleur, alors que c’est le dépassement brutal d’un seuil qui la déclenche.
La conclusion qu’on en tire, presque toujours, est qu’il vaut mieux ne rien faire. Et le seuil descend encore. La HAS mentionne d’ailleurs l’alternance réfléchie entre périodes d’activité et périodes de repos parmi les stratégies d’adaptation à mettre en place, ce qui est exactement l’inverse de cette oscillation subie.
Le principe qui change tout : partir en dessous
L’erreur la plus fréquente est de partir de ce qu’on pense pouvoir faire un bon jour. Le principe inverse est plus efficace : partir de ce qu’on peut faire un mauvais jour, sans hésitation, et s’y tenir même les bons jours.
Concrètement, cela veut dire choisir une quantité qui paraît ridiculement faible :
- Si vous pensez pouvoir marcher vingt minutes, commencez par cinq. Si cinq minutes vous semblent tenables, commencez par trois.
- Le critère n’est pas l’effort ressenti pendant, c’est votre état le lendemain et le surlendemain.
- La régularité prime sur la quantité : cinq minutes six jours par semaine valent mieux qu’une heure le dimanche.
- L’augmentation se fait par très petits paliers, une fois que le niveau actuel est confortable depuis une à deux semaines.
C’est frustrant, et c’est aussi la seule progression qui tienne dans la durée. Je le constate dans tous les domaines de la rééducation, pas seulement dans la fibromyalgie.
Le choix de l’activité compte moins que sa régularité. La HAS cite la marche, la natation douce, le yoga ou le vélo à faible intensité, et insiste sur une progression adaptée. Une activité qui ne vous plaît pas ne sera pas maintenue, quels que soient ses mérites théoriques.
Ce que l’hypnose travaille pendant ce processus
Il y a un obstacle dont on parle peu et qui pèse lourd : ce qui se passe dans la tête pendant l’effort.
Quand chaque tentative de reprise s’est soldée par une crise, il devient très difficile de bouger sans surveiller. On guette la moindre sensation, on l’interprète comme le début d’une poussée, et cette vigilance permanente amplifie ce qu’elle surveille. La littérature sur la douleur persistante décrit bien ce mécanisme, où l’anticipation et l’attention portée à la sensation modifient l’intensité de ce qui est ressenti.
Le travail porte alors sur trois choses.
- Distinguer les sensations. Toutes ne sont pas des signaux d’alarme. Un muscle qui travaille produit des sensations qui ne sont pas celles d’une poussée. Réapprendre à faire la différence est un travail en soi.
- Réduire la place de la surveillance. Une partie du travail consiste à déplacer l’attention pendant l’effort, ce qui change l’expérience de l’effort lui-même.
- Disposer d’un outil pour les mauvais jours. L’auto-hypnose donne quelque chose à faire quand la douleur monte, autre chose qu’attendre que ça passe. Cela rejoint les stratégies d’autogestion que la HAS place en première ligne aux côtés de l’activité physique.
Ce que je ne peux pas vous promettre
Il faut être exact sur ce point, d’autant que la fibromyalgie attire un nombre considérable de promesses.
L’hypnose n’est pas un traitement de première ligne de la fibromyalgie. Les recommandations européennes de l’EULAR classent les approches psychothérapeutiques avec un niveau de recommandation faible dans cette indication, et leur effet sur la douleur à long terme y est décrit comme modeste. L’hypnose ne figure pas non plus parmi les indications pour lesquelles le rapport de l’Inserm de 2015 retient des données solides.
Ce qui est proposé ici n’est donc pas un traitement de la fibromyalgie, mais un outil qui peut faciliter la mise en œuvre de ce qui est recommandé : la reprise progressive de l’activité et l’apprentissage de l’autogestion. C’est une position plus modeste que ce qu’on lit souvent sur ce sujet, et elle me paraît plus honnête.
Rien de ce qui est décrit ici ne remplace le suivi médical. Le diagnostic, l’orientation vers un centre d’évaluation et de traitement de la douleur, la prescription d’un programme d’activité physique adaptée et la question des traitements relèvent de votre médecin.
L’objectif à garder en tête
La HAS insiste sur un point qui mérite d’être repris : à défaut de pouvoir proposer un traitement curatif, l’objectif est d’apprendre à mieux gérer les symptômes au quotidien et à poursuivre ses activités personnelles et professionnelles. L’enjeu professionnel est loin d’être théorique, puisque les trois quarts des personnes concernées déclarent avoir dû adapter, réduire ou arrêter leur activité.
C’est une reformulation utile de l’objectif. Attendre la disparition de la douleur pour recommencer à vivre conduit souvent à une attente très longue. Regagner du terrain sur ce que la maladie a pris, même avec une douleur présente, est un objectif atteignable et mesurable.
Un premier rendez-vous sert d’abord à faire cet état des lieux : ce que vous arrivez à faire aujourd’hui, ce que vous avez arrêté, et à quel moment vos tentatives de reprise se sont interrompues.
Questions fréquentes
Que recommande la HAS dans la fibromyalgie ?
Dans ses recommandations publiées le 10 juillet 2025, la Haute Autorité de santé place les traitements non médicamenteux en première ligne, avec l’activité physique encadrée par un professionnel de l’activité physique adaptée, l’apprentissage de stratégies d’autogestion et le maintien dans l’emploi. Les médicaments interviennent en seconde ligne, après évaluation des effets de l’activité physique.
Pourquoi chaque reprise d’activité déclenche-t-elle une poussée ?
Parce que la reprise part le plus souvent d’un niveau trop élevé. Des mois de réduction d’activité abaissent le seuil au-delà duquel l’effort devient excessif, et l’alternance entre suractivité les bons jours et repos les mauvais entretient ce cycle. La progressivité, avec un niveau de départ volontairement bas et une régularité quotidienne, est ce qui permet d’en sortir.
L’hypnose est-elle un traitement de la fibromyalgie ?
Non. L’hypnose n’est pas une première ligne de traitement et ne figure pas parmi les indications pour lesquelles le rapport de l’Inserm de 2015 retient des données solides. Elle peut en revanche accompagner la mise en œuvre de ce qui est recommandé, en travaillant la perception de l’effort et en donnant un outil d’autogestion pour les mauvais jours.
Faire le point sur une reprise qui bloque
Un premier rendez-vous sert à faire l’état des lieux de vos tentatives, à Paris 11 ou en visio.
Prendre rendez-vous sur DoctolibStéphanie Marmara
Masseur-kinésithérapeute depuis plus de trente ans, spécialisée dans la prise en charge de la douleur, et hypnothérapeute à Paris 11.